Mashad-Ashgabad-Darvaza-Konya Urgench
Quatre heures d’une route sinueuse et chaotique séparent Mashad du poste frontière Turkmène le plus proche. De loin, les deux bâtiments qui composent ce point de passage stratégique semblent déserts mais en s’approchant on constate qu’ils sont fréquentés par la faune qui hante habituellement ce type de lieu: des chauffeurs de camions tuant le temps dans l’attente d’une énième autorisation, quelques louches individus proposant des services en tout genre et une clique d’officiels désoeuvrés redoutant plus que tout un éventuel regain d’activité.
Un coup d’oeil discret sur le registre du planton nous apprend que, la veille, seules 24 personnes sont passées par ici. Les portes du Turkménistan seraient-elles plus difficiles à franchir que nous l’imaginions? Nous apprendrons plus tard d’un chauffeur de taxi que la position du gouvernement face au tourisme tient en ces mots: « Small tourism, small problems. Big tourism, big problems. ». Cet adage se traduit dans les faits par une durée de visa limitée à cinq jours, une sombre taxe d’enregistrement, un passage obligé dans le bureau des autorités sanitaires ainsi qu’une fouille des bagages.
Tous ces obstacles enfin franchis, nous partons à la découverte de ce mystérieux pays. Jamais encore, le passage d’une frontière ne nous aura paru si radical, presque brutal. De Mashad, l’ultra-religieuse à l’univers rétro-kitsch d’Ashgabad, le dépaysement est total. Foulards et abstinence ne sont plus de mise. Ici, la règle serait plutôt mégalomanie présidentielle et excès de vodka. Et lorsque le chauffeur russe d’un taxi Lada nous divertit d’un tube tonitruant de Samantha Fox, nous comprenons que nous avons définitivement changé de monde.
Nous atteignons la capitale. Ashgabad, la grandiose. Enfin, c’est l’image que son créateur, le défunt dictateur Nyiasov/Turkmenbashi, a souhaité lui donner à tout prix, confiant notamment à Bouygues la construction de buildings rutilants et d’usines au design futuriste. La cité, posée au milieu du désert, semble tout juste sortie de terre, tel un Las Vegas d’Asie Centrale où les innombrables hôtels de luxe resteraient désespérément vides et où les représentations du leader de la nation auraient remplacé enseignes géantes et autres attractions.
La visite de cette ville nous plonge soudain en plein cœur d’une fiction dont on viendrait de monter les décors. Un Turkmen Show dans lequel la moindre action, la moindre parole semble étudiée, scrutée. Les figurants sont en place: les mêmes policiers sont systématiquement postés aux mêmes carrefours, les femmes revenant du bazar arborent robes et foulards aux motifs identiques, de rares voitures se croisent le long d’avenues aux proportions démesurées.
Partout s’inscrit en grandes lettres le slogan imaginé et prôné par le gouvernement, Altyn Asir ou Age d’or. Mais quelle vie mène-t-on réellement ici? Nous partons vers le Nord avec l’étrange impression que nous n’avons pas percé la réalité de cette ville et qu’un scénario différent se déroule derrière ces décors de carton-pâte. Cinq jours ne nous auront pas suffi pour percer tous les secrets de cet intrigant pays…
Cratère de gaz à Darvaza, dans le désert de Karakum:
Lieu: Ashgabad
Mes étoiles:
Pas beaucoup de logements bon marchés dans le coin. Celui-ci nous a plu même si le Lonely le qualifie d'"institut psychiatrique". Localisation centrale et calme. 5 USD/pers sans petit déjeuner pour le dortoir.